Je viens de faire deux recettes de biscuits pour le prochain marché au Café Kali, j’ai mal à la tête, je suis fatiguée…mais, quelque chose me trotte dans la tête depuis hier. Soyez patients, je ne suis pas la personne qui s’exprime le mieux au monde.

Hier, quelqu’un a partagé quelque chose sur Facebook avec l’intention de nous aviser de faire attention à nous dans le métro parce que, semblerait-il, il y a un homme qui harcèle des jeunes femmes sur la ligne verte. (Merci!🙂 ) Ce qu’elle a partagé n’est pas un événement qui lui est arrivé personnellement. Ça a été partagé de la page de quelqu’un d’autre qui avait même mis la photo de l’homme avec son histoire qui ne comportait aucun détail (ce qui s’est passé, ce qui s’est dit, ce qu’elle a fait, etc.). Au lieu de se plaindre à la police du métro, la fille a mis ça sur Facebook comme on met la photo d’un chien qu’on a perdu…

Ce qui me chicote beaucoup c’est qu’on ne sait rien de ce qui s’est passé. On ne connaît pas les circonstances, mais ce qu’on sait c’est qu’elle a mis la photo de cet homme-là sur Facebook, un homme innocent tant qu’il n’a pas été prouvé coupable. Elle a rendu ça public et les gens qui ont commenté sa photo n’avaient pas des commentaires particulièrement productifs…je vais le tuer, on va le battre, etc. Si jamais elle se plaint à la police et si jamais il arrive quelque chose à cet homme, ça va se retourner contre elle. C’est public. Lui, il pourrait très bien la poursuivre pour atteinte à sa réputation.

Je pense que la fille a juste pris les moyens qu’elle avait, sur le coup de l’émotion, sans réfléchir à long terme. Ça m’étonnerait qu’elle ait fait ça par malice. Mais, avec toutes les affaires qu’on entend comme la madame qui n’était pas vraiment enceinte de quintuplés, on le sais-tu si c’est vrai son histoire de harcèlement ? Des fois, c’est une question de perception. Comme le monde à qui tu ne dis pas bonjour chaque fois qu’il passe devant ton bureau parce que tu es concentrée sur ta job et il pense que tu es fâchée et ne te parle plus pendant des jours ou devient complètement hystérique. Genre. Histoire vraie, en passant.

Pis, il y a du monde qui fait des expériences sur les réseaux sociaux du genre combien de temps ça va prendre pour avoir 1000 commentaires…

Pour avoir vécu du harcèlement en masse (harcèlement à l’école devant un professeur (plusieurs fois, en plus), harcèlement sexuel devant témoins, harcèlement sexuel au travail, harcèlement psychologique au travail…), il y a des choses que j’ai appris qui s’appliquent à son cas :

  • Dans un cas de harcèlement, il faut se plaindre et se plaindre aux bonnes personnes. Dans son cas à elle, elle aurait dû montrer la photo du monsieur à la police de la STM.
  • Une fois qu’on revient de ses émotions un peu, il faut prendre des notes. La date, l’heure, l’endroit, qui (harceleur, témoins), quoi (ce qui s’est dit ou ce qui s’est passé incluant la réaction de la victime, la réaction de l’agresseur, alouette). C’est à la victime d’être prête à donner sa déposition aux autorités et de la faire de façon qui mène à un avertissement ou une arrestation. C’est un bout super important pour tous les cas d’agressions quand on a à porter plainte, l’historique. C’est mieux de le faire dès qu’on y pense parce que le stress fait oublier. Si la personne a un cerveau comme le mien, c’est un cas de venus flytrap : le souvenir est digéré et disparaît. Et, là, on se retrouve avec une histoire éparpillée qui ne fait aucun sens, pleine de trous et totalement incroyable.
  • Il faut être fort parce que même si on sait ce qu’on a vécu, ça ne veut pas dire que les gens vont y croire ou vont être sympathiques face à notre récit. Il ne faut pas s’attendre à être crue automatiquement.
  • Il faut se battre pour être entendu. Si la police de la STM ne la prend pas au sérieux, il faut aller plus haut directement à la police de Montréal.
  • Il faut être patient parce que ça prend du temps. Ça prend du temps avant de se faire rappeler, avant que l’enquête se fasse, avant qu’il y ait un avertissement ou une arrestation, avant qu’il y ait une conclusion.
  • La police c’est comme aller à l’urgence. Tu sais quand tu rentres, tu sais pas quand t’en sort et tu ne sais pas quand est-ce que tu vas voir le docteur parce qu’il y a toujours plus urgent.
  • On peut parler ce qui nous est arrivé, mais on ne peut pas en parler n’importe comment parce que ça peut nuire à l’enquête. Elle, elle va manquer de crédibilité. Elle nuit à la réputation du monsieur et ça part du mauvais pied avec la police. Plus tard, si le cas va en cour, ça peut nuire au procès, ça peut se retourner contre elle.
  • Il faut rester calme et positif et c’est très difficile.
  • Quand on est en train de perdre la tête, il faut aller chercher de l’aide psychologique. Il y a l’isolement, la honte, la peur, du stress post-traumatique, le monde qui fait semblant que ça ne t’es pas arrivé, etc.
  • Il faut persévérer…
  • Et lâcher prise pour mieux guérir.

Le harcèlement, ça n’arrive pas juste aux autres alors je me suis dit que même si c’est bref, un aperçu de ce que ça prend pour porter plainte peut aider quelqu’un d’autre.